Durant l'été 2026, les données cadastrales et foncières françaises se sont retrouvées au cœur d'une série d'événements inhabituels : incident de cybersécurité à la DGFiP, interruption prolongée du Serveur professionnel des données cadastrales (SPDC), puis revendication par le groupe ZeroBytes d'une extraction massive de données concernant Géofoncier.
Pendant plusieurs semaines, ces événements ont soulevé de nombreuses interrogations pour les géomètres-experts, les notaires et, plus largement, les propriétaires concernés par la sécurité de leurs informations foncières.
Le 9 octobre 2026 marque une étape décisive : le SPDC est de nouveau accessible depuis Géofoncier, avec une authentification renforcée par SMS, même si le rétablissement du service reste progressif.
Mais que s'est-il réellement passé ? Quelles données ont été concernées par les revendications de ZeroBytes ? Des documents fonciers confidentiels ont-ils été exposés ? Et pourquoi le rétablissement du service cadastral a-t-il nécessité autant de temps ?
À partir des communications officielles, des réponses obtenues directement auprès de Géofoncier et des informations publiées au fil des semaines, ALTA VISION retrace chronologiquement cette affaire, en distinguant les faits établis, les revendications initiales et les questions qui demeurent ouvertes.
Dernière mise à jour : 9 octobre 2026
Un été sous tension pour les données foncières
Tout commence par un incident qui ne concerne pas directement Géofoncier.
Au cours des mois de juin et juillet 2026, la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) est victime d’accès frauduleux à certains de ses systèmes. L'affaire devient publique durant l'été et entraîne notamment des conséquences pour les professionnels utilisant les données cadastrales.
Pour les géomètres-experts, la conséquence la plus visible est l'interruption du Serveur professionnel des données cadastrales (SPDC).
Ce service permet notamment aux professionnels habilités d'accéder à certaines informations cadastrales nécessaires au traitement des dossiers fonciers.
Début septembre, l'accès reste suspendu.
Sur son portail professionnel, Géofoncier indiquait alors qu’un rétablissement du SPDC était prévu “d’ici mi-septembre au plus tard”...
Cette indisponibilité constitue donc une conséquence opérationnelle bien réelle pour les cabinets de géomètres-experts.
Mais, début septembre, l'affaire prend une nouvelle dimension.
2 septembre : ZeroBytes revendique une extraction concernant Géofoncier
Le 2 septembre 2026, une nouvelle revendication attribuée au groupe ZeroBytes apparaît.
Cette fois, elle ne concerne plus directement les systèmes de la DGFiP mais Géofoncier, le portail national utilisé quotidiennement par les géomètres-experts.
Le groupe revendique l'extraction de plus de 4,2 millions de lignes de données.
Plusieurs sites spécialisés en cybersécurité relaient rapidement l'information.
Certaines publications évoquent également l'utilisation supposée d'un « compte déjà authentifié » permettant un accès à une API de Géofoncier.
Cette dernière affirmation est particulièrement sensible.
Une chose est en effet de collecter automatiquement des informations affichées sur une carte publique. Une autre serait de disposer d'un accès authentifié permettant éventuellement d'interroger des ressources normalement réservées aux professionnels.
Pour un géomètre-expert, la question devient alors évidente :
les dossiers et documents professionnels déposés dans Géofoncier ont-ils pu être atteints ?
Pourquoi la question des documents était importante
Géofoncier ne contient pas uniquement une carte permettant au public de visualiser certaines interventions foncières.
Les géomètres-experts utilisent également la plateforme dans le cadre de leur activité professionnelle et y enregistrent leurs dossiers.
Derrière une intervention visible publiquement peuvent donc exister des informations et documents professionnels qui, eux, n'ont pas vocation à être librement accessibles.
Un procès-verbal de bornage, un document lié à une division foncière, un document d'arpentage ou d'autres pièces produites dans le cadre d'une intervention foncière n'ont évidemment pas la même nature qu'un point apparaissant sur une carte publique.
La revendication concernant un prétendu accès authentifié méritait donc d'être vérifiée avant de conclure à une compromission de ces documents.
3 septembre : première réponse de l'Ordre et de Géofoncier
Le 3 septembre, l'Ordre des géomètres-experts adresse aux professionnels une communication accompagnée d'un communiqué conjoint avec Géofoncier.
Les premières constatations sont rassurantes.
Selon cette communication, les données concernées correspondent aux informations déjà accessibles publiquement : coordonnées professionnelles de l'annuaire des géomètres-experts et informations descriptives relatives aux interventions foncières, telles que leur référence, leur commune, leur nature ou leur localisation.
Surtout, aucun accès aux espaces réservés des géomètres-experts, aux dossiers professionnels déposés, au contenu des actes fonciers ou à d'autres données confidentielles n'est alors mis en évidence.
Une expertise complémentaire indépendante est néanmoins annoncée.
À ce stade, il reste donc une question importante : que s'est-il réellement passé techniquement ?
Nous avons interrogé directement Géofoncier
Compte tenu de l'importance de cette question pour notre profession, ALTA VISION a interrogé directement Géofoncier afin d'obtenir des précisions complémentaires.
La question portait notamment sur les accès à la plateforme et les éventuelles mesures à prendre par les cabinets : mots de passe, comptes utilisateurs, authentification et sécurisation des accès.
Après investigations, Géofoncier nous a transmis le 4 septembre une réponse beaucoup plus précise.
Et celle-ci permet de clarifier un point essentiel.
Géofoncier : « Il n'y a pas eu d'intrusion dans nos systèmes »
Selon la réponse adressée à ALTA VISION par Géofoncier :
« Il n’y a pas eu d’intrusion dans nos systèmes, ni de compromission de compte. »
Géofoncier précise également que les accès protégés ont été refusés et qu'aucun identifiant, mot de passe ou jeton n'a été utilisé.
Cette précision est particulièrement importante au regard des informations qui avaient circulé dans les premières publications consacrées à l'affaire.
Géofoncier conteste en effet explicitement l'affirmation selon laquelle l'extraction aurait été réalisée grâce à un « compte déjà authentifié », qu'il qualifie d'inexacte.
En l'état des investigations communiquées, il ne s'agirait donc pas de l'exploitation d'un compte professionnel compromis permettant d'entrer dans les espaces protégés.
Que contiennent réellement les 4,2 millions de lignes ?
Géofoncier indique avoir identifié précisément la nature des informations concernées.
Selon ses investigations, il s'agit exclusivement d'informations déjà consultables sur le portail public.
Deux grandes catégories sont concernées.
La première correspond à l'annuaire des géomètres-experts, cabinets et bureaux : noms, coordonnées professionnelles et fiches publiques.
La seconde concerne les métadonnées des interventions foncières marquées « grand public » : référence de l'intervention, commune, type d'opération et localisation telles qu'elles apparaissent sur la carte publique.
Géofoncier précise également que le volume d'environ 4,2 millions de lignes revendiqué par ZeroBytes correspondrait à ce catalogue public.
Le volume est donc spectaculaire.
Mais un volume de plusieurs millions de lignes ne signifie pas nécessairement que plusieurs millions de documents confidentiels ont été dérobés.
C'est précisément la distinction qu'il faut faire dans cette affaire.
PV de bornage et documents professionnels : aucune extraction mise en évidence
C'était probablement la question la plus importante pour les géomètres-experts.
Selon Géofoncier, les données extraites ne comprennent ni dossiers confidentiels ni documents non publics.
À ce jour, les investigations communiquées ne mettent donc pas en évidence l'extraction de procès-verbaux de bornage, d'actes fonciers ou d'autres documents professionnels non publics déposés dans les dossiers.
Cette conclusion est sensiblement différente de ce que pouvait laisser craindre la revendication initiale.
Une seconde expertise externe confirme l'analyse
Un élément supplémentaire renforce aujourd'hui cette conclusion.
Géofoncier indique avoir fait réaliser un second audit par une société externe spécialisée en cybersécurité.
Selon la réponse qui nous a été adressée, cette expertise indépendante corrobore l'analyse interne et conclut, avec un « niveau de confiance élevé », que l'auteur de l'extraction n'a eu accès qu'aux données accessibles publiquement.
Il ne s'agit donc plus uniquement de la première analyse réalisée par l'opérateur de la plateforme.
À la date de cette mise à jour, les éléments techniques communiqués convergent vers le scénario d'une extraction automatisée massive de données publiques, et non vers celui d'une intrusion ayant donné accès aux dossiers professionnels protégés.
11 septembre : Géofoncier publie officiellement ses conclusions
Les conclusions communiquées directement à ALTA VISION sont désormais également publiées par Géofoncier sur son portail professionnel.
Dans cette communication, Géofoncier confirme qu'il n'y a pas eu d'intrusion dans ses systèmes ni de compromission de compte. L'opérateur précise qu'aucun identifiant, mot de passe ou jeton n'a été utilisé et que les tentatives d'accès à des données protégées ont été refusées.
Géofoncier confirme également que les quelque 4,2 millions de lignes évoquées correspondent exclusivement à des informations déjà accessibles depuis le portail grand public : annuaire des géomètres-experts, cabinets et bureaux, ainsi que métadonnées publiques des interventions foncières.
Après une analyse interne et un second audit réalisé par une société spécialisée en cybercriminalité, Géofoncier conclut désormais à une extraction massive de données publiques et non à une intrusion ayant permis d'accéder aux dossiers professionnels protégés.
L'opérateur indique enfin qu'aucune démarche particulière n'est demandée aux utilisateurs, notamment aucun changement de mot de passe, et que des mesures supplémentaires de protection contre les extractions massives ont été mises en œuvre ou programmées.
Extraction massive de données publiques : pourquoi est-ce malgré tout un sujet ?
Cette conclusion ne signifie pas que l'événement soit sans importance.
Une information accessible individuellement sur Internet et une base constituée automatiquement de plusieurs millions d'enregistrements structurés ne présentent pas nécessairement les mêmes enjeux.
La collecte massive permet notamment de regrouper, indexer, analyser et croiser des informations qui étaient initialement consultables séparément.
C'est d'ailleurs pourquoi Géofoncier indique avoir pris des mesures destinées à empêcher ce type d'extractions massives automatisées, tout en maintenant l'accès légitime aux informations publiques.
D'autres actions destinées à renforcer la protection des accès à la plateforme sont également annoncées.
L'événement pose donc une question qui dépasse largement Géofoncier : comment maintenir l'ouverture de données utiles au public tout en empêchant leur aspiration industrielle et leur réutilisation massive non autorisée ?
C'est un enjeu auquel sont aujourd'hui confrontées de nombreuses plateformes diffusant des données publiques.
Les géomètres-experts doivent-ils changer leur mot de passe ?
À ce stade, non en raison de cet événement.
Géofoncier indique expressément que les géomètres-experts, les cabinets et le public n'ont aucune démarche particulière à effectuer, notamment aucun changement de mot de passe lié à cet incident.
Cela n'enlève naturellement rien aux règles générales de cybersécurité : mots de passe uniques, authentification renforcée lorsqu'elle est disponible, comptes utilisateurs nominatifs et suppression des accès devenus inutiles.
Mais aucune réinitialisation spécifique des accès Géofoncier n'est demandée à la suite de cette extraction.
DGFiP, SPDC et Géofoncier : trois notions à ne pas confondre
La succession rapide des événements peut donner l'impression d'une seule et même affaire.
Ce n'est pas ce que permettent d'établir les informations actuellement disponibles.
La DGFiP a subi des accès frauduleux à ses systèmes.
Le SPDC, service professionnel donnant accès à certaines données cadastrales, reste temporairement suspendu à la suite de cet incident.
La revendication concernant Géofoncier porte, selon les investigations désormais communiquées, sur une extraction automatisée de données déjà accessibles publiquement, sans intrusion dans les espaces protégés mise en évidence.
La proximité temporelle des événements et la présence de ZeroBytes dans plusieurs épisodes rendent leur lecture complexe.
Mais elle ne doit pas conduire à créer des liens techniques qui ne sont pas établis.
Une affaire qui illustre aussi les limites d'une revendication cyber
Cette histoire constitue enfin un bon exemple de la prudence nécessaire lorsqu'un groupe cybercriminel annonce publiquement une compromission.
Une revendication constitue une source d'information à examiner, pas une preuve technique suffisante à elle seule.
Dans le cas de Géofoncier, l'affirmation d'un accès par un « compte déjà authentifié » pouvait légitimement faire craindre l'accès à des ressources protégées.
Les investigations communiquées quelques jours plus tard conduisent à une conclusion différente.
Géofoncier affirme qu'aucun compte n'a été compromis, qu'aucun identifiant ou jeton n'a été utilisé et qu'un audit externe corrobore le fait que seules les données publiques ont été accessibles.
Il était donc important d'attendre les investigations avant de parler de fuite de dossiers professionnels ou de compromission des actes fonciers.
11 septembre : la CNIL annonce un contrôle de la DGFiP
La CNIL était en réalité saisie du dossier depuis le mois d'août. Dès le 18 août, elle indiquait avoir été officiellement notifiée par la DGFiP des violations de données et précisait que des investigations pourraient être conduites sur pièces ou sur place.
Une nouvelle étape est franchie le 11 septembre. La présidente de la CNIL, Marie-Laure Denis, annonce avoir demandé à ses équipes de se rendre « dans les tout prochains jours » dans les locaux de la DGFiP afin de comprendre les circonstances des intrusions et d'examiner les mesures mises en œuvre pour protéger les données personnelles.
Cette intervention mérite une précision. La CNIL n'est pas un service de l'État chargé de réaliser un simple audit interne : c'est une autorité administrative indépendante, chargée notamment de veiller au respect du RGPD et de la législation relative à la protection des données personnelles.
Ses agents disposent à ce titre de véritables pouvoirs d'investigation : ils peuvent demander la communication d'informations, procéder à des audits et accéder aux locaux ainsi qu'aux systèmes nécessaires à leurs contrôles. Si des manquements sont constatés, la CNIL dispose également de pouvoirs correctifs et peut notamment prononcer un rappel à l'ordre, mettre un organisme en demeure de se conformer à ses obligations ou engager une procédure de sanction.
Dans le cas de la DGFiP, la présidente de la CNIL a indiqué que les constatations effectuées pourraient conduire à une mise en demeure d'ici la fin de l'année ou à l'engagement d'une procédure de sanction. Une particularité doit néanmoins être soulignée : lorsqu'elle intervient à l'encontre de l'État, la CNIL ne dispose pas exactement du même éventail de sanctions que face à une entreprise ou à certains autres organismes publics, l'État ne pouvant notamment pas faire l'objet d'une amende administrative de la CNIL.
Au-delà de la réponse technique apportée à l'incident, ce contrôle ouvre donc une nouvelle étape : celle de l'examen, par une autorité indépendante, du niveau de protection qui entourait les données détenues par l'administration fiscale et des mesures prises depuis les attaques.
Pour un cabinet de géomètre-expert comme ALTA VISION, cette actualité n’est pas totalement abstraite. Nos métiers manipulent quotidiennement des données relatives aux propriétaires, aux parcelles et aux opérations foncières, souvent à travers des plateformes professionnelles spécialisées.
Une question peut donc naturellement se poser après les événements de ces dernières semaines : Géofoncier pourrait-il, lui aussi, faire l’objet d’un contrôle de la CNIL ?
En théorie, comme tout organisme traitant des données personnelles soumis au RGPD, Géofoncier peut entrer dans le champ des pouvoirs de contrôle de la CNIL. Mais rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’un tel contrôle est engagé ou envisagé. Surtout, les deux situations ne doivent pas être confondues : dans le cas de Géofoncier, les investigations publiées ont conclu à une extraction automatisée massive de données accessibles publiquement, sans intrusion dans les espaces protégés ni compromission de compte mise en évidence.
L’épisode pose néanmoins une question plus large pour notre profession : à l’heure des robots d’extraction et de l’intelligence artificielle, protéger les données signifie-t-il encore seulement empêcher l’accès à ce qui est confidentiel ? La capacité à agréger automatiquement plusieurs millions de données publiques fait désormais partie des enjeux à prendre en compte.
15 septembre : la réouverture du SPDC est officiellement reportée
La communication de Géofoncier concernant le rétablissement du SPDC vient d’évoluer.
Jusqu’à présent, la plateforme annonçait un retour du service « d’ici mi-septembre au plus tard ». Au 15 septembre, cette formulation a disparu. Géofoncier indique désormais que le rétablissement du site Mon espace APEX est prévu « au cours du mois de septembre », le retour à un accès normal via Géofoncier devant intervenir dans un second temps.
L’évolution est notable : l’échéance initialement annoncée est atteinte sans rétablissement du service et la nouvelle formulation élargit désormais la fenêtre de remise en service à l’ensemble du mois de septembre.
L’Ordre des géomètres-experts a informé les professionnels que la DGFiP ne pourrait finalement pas respecter l’échéance de rétablissement du SPDC annoncée pour la mi-septembre.
Au 15 septembre, aucune nouvelle date de réouverture du SPDC n’avait été communiquée.
Cette information confirme donc que le calendrier initialement envisagé est désormais abandonné. La DGFiP travaille toutefois à la mise en place d’une solution transitoire.
À compter de la fin du mois, les géomètres-experts devraient pouvoir adresser leurs demandes aux services du cadastre par l’intermédiaire d’une boîte mail dédiée. Le protocole précisant les modalités d’utilisation de ce dispositif est encore en cours de finalisation.
Cette solution ne constitue pas une réouverture du SPDC, mais un dispositif temporaire destiné à limiter les difficultés rencontrées par les professionnels dans l’attente du rétablissement du service.
Au 15 septembre, la DGFiP ne communiquait donc toujours pas de nouvelle échéance de rétablissement.
Les publications syndicales apportent un éclairage sur le SPDC
Plusieurs publications de Solidaires Finances Publiques apportent des éléments complémentaires. Dès février 2026, le syndicat évoquait des « soucis dans la sécurité informatique de la DGFiP », en citant notamment FICOBA et le SPDC. Après les attaques de l’été, ses comptes rendus deviennent plus précis : coupure d’accès de plusieurs partenaires extérieurs, utilisation frauduleuse des accès d’un agent DGFiP et d’un « tiers habilité », et même mention, le 21 août, d’un « SPDC piraté ».
Ces publications syndicales ne permettaient pas, à cette date, d'identifier la profession du tiers compromis. Le rapport officiel de l'ANSSI, rendu public le 29 septembre, établit désormais que l'exfiltration des données cadastrales a été rendue possible par la compromission du poste informatique d'un géomètre-expert au sein d'un cabinet privé
Ces informations proviennent de publications syndicales relatant notamment des échanges avec des directions locales de la DGFiP ; elles ne constituent donc pas des conclusions officielles sur l’origine de l’attaque. Elles montrent néanmoins que la sécurité du SPDC et des accès accordés aux partenaires extérieurs était déjà identifiée comme un sujet sensible, sans permettre de connaître la profession du tiers compromis ni d’établir un lien entre les alertes antérieures et les intrusions de l’été.
18 septembre : une réouverture annoncée, mais une incertitude pour les géomètres-experts
Le 18 septembre, deux communications apportent de nouvelles précisions. La première annonce que la réouverture du SPDC, avec des conditions de sécurité renforcées, est envisagée « d’ici environ un mois ». Une procédure transitoire doit parallèlement permettre, dès le 21 septembre, d’obtenir les extraits « modèle 1 » auprès des services des impôts fonciers.
La seconde communication apporte toutefois une nuance importante : la DGFiP indique travailler avec le Conseil supérieur du notariat à une double authentification par SMS devant permettre la réouverture du service pour les notaires dans les prochaines semaines. Les géomètres-experts ne sont pas mentionnés dans ce passage.
Cette distinction est importante pour la profession : la délivrance ponctuelle d’un modèle 1 ne remplace pas l’accès au SPDC, utilisé notamment pour consulter les matrices cadastrales, identifier les propriétaires et rechercher leurs parcelles, en particulier pour préparer les convocations de bornage.
Au 18 septembre, le calendrier et les modalités de rétablissement de cet accès pour les géomètres-experts restaient donc encore à préciser.
23 septembre 2026 : une procédure transitoire… mais limitée aux Modèles 1
Une nouvelle étape intervient le 23 septembre. L'Ordre des géomètres-experts indique que, selon les dernières informations transmises par la DGFiP, la réouverture du SPDC est désormais envisagée à la mi-octobre 2026.
Dans l'attente, la DGFiP met en place une procédure transitoire permettant d'obtenir, par courriel auprès des services fonciers départementaux, des extraits Modèle 1. La demande doit être effectuée au moyen d'un formulaire dédié puis adressée à une boîte électronique spécifique du SDIF ou du CDIF compétent.
Cette mesure constitue une solution ponctuelle, mais elle ne doit pas être confondue avec un rétablissement, même partiel, des fonctionnalités du SPDC.
Pour les géomètres-experts, la nuance est importante. Dans la pratique foncière, le besoin ne se limite pas à l'obtention d'un Modèle 1. L'accès au SPDC permettait notamment de consulter les informations nécessaires à l'identification des propriétaires et des parcelles dans le cadre de dossiers de bornage, de division ou de recherches foncières.
Pour le géomètre-expert, le Modèle 1 intervient notamment dans le traitement d'un document d'arpentage, après attribution des nouvelles références cadastrales. Mais ce besoin ponctuel est très différent de l'accès quotidien aux matrices cadastrales permettant d'identifier les propriétaires et les parcelles.
Le Modèle 1 présente certes un intérêt pour certaines opérations, notamment dans le processus lié aux documents d'arpentage. Mais la procédure annoncée le 23 septembre ne restitue pas l'accès aux données qui permettaient au géomètre-expert de préparer normalement l'ensemble de ses dossiers.
Le dispositif paraît d'ailleurs largement construit autour des nécessités liées aux actes : le vade-mecum de la DGFiP comporte des consignes spécifiques destinées aux notaires pour les inscriptions déjà mises en rejet ou les ventes avec inscription.
Dès lors, la présentation de cette procédure comme un moyen permettant aux géomètres-experts de « poursuivre le traitement de leurs dossiers fonciers » mérite d'être relativisée. Elle répond à un besoin bien déterminé ; elle ne remplace pas le SPDC.
Un changement important est néanmoins annoncé pour la réouverture
L'information la plus structurante du communiqué du 23 septembre se trouve peut-être ailleurs : la DGFiP prévoit que la remise en service du SPDC s'accompagne de nouvelles modalités d'authentification.
La connexion à l'annuaire APEX v2 devra utiliser l'adresse électronique ordinale et un code de sécurité transmis par SMS. Les géomètres-experts sont donc invités à mettre à jour leur numéro de téléphone portable dans leur profil Atlas.
Cette évolution confirme que le rétablissement du service ne consiste pas simplement à remettre en ligne l'architecture antérieure : les conditions d'accès sont en cours de sécurisation, dans un contexte directement marqué par les événements de l'été 2026.
30 septembre 2026 — Cyberattaque du SPDC : l'ANSSI révèle qu'un poste de géomètre-expert est à l'origine de la fuite cadastrale
Le rapport d'incident de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), daté du 23 septembre 2026 et rendu public le 29 septembre, apporte une révélation majeure pour notre profession : l'exfiltration des données cadastrales de la DGFiP trouve son origine dans la compromission du poste informatique d'un géomètre-expert exerçant au sein d'un cabinet privé.
Cette information, désormais confirmée officiellement, permet de mieux comprendre les circonstances de la fermeture du Serveur professionnel des données cadastrales (SPDC).
Selon les investigations de la DGFiP rapportées par l'ANSSI, la compromission de cet ordinateur a permis de contourner la double authentification du portail APEX, puis d'accéder aux données cadastrales et de procéder à leur extraction entre le 27 juillet et le 8 août 2026.
Le 13 août, l'ANSSI est informée d'une revendication de ZeroBytes concernant des données issues du SPDC, évoquant environ deux millions de Français. Dès le lendemain, le 14 août, les investigations identifient le compte d'un géomètre-expert comme étant à l'origine de l'accès frauduleux. Ce compte est immédiatement désactivé et le portail APEX verrouillé.
Le 18 août, la DGFiP indique avoir désactivé l'ensemble des comptes du cabinet concerné et l'avoir informé de la compromission probable de son environnement informatique.
Le rapport public ne révèle pas l'identité de ce cabinet, les informations sensibles ayant volontairement été anonymisées par l'ANSSI.
Comment la double authentification a-t-elle pu être contournée ?
C'est l'un des enseignements les plus intéressants du rapport. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, APEX disposait déjà d'une double authentification : un identifiant et un mot de passe, complétés par un code temporaire (OTP) transmis par courrier électronique.
Mais lorsque le poste informatique utilisé pour accéder au service est lui-même compromis et que la messagerie est accessible depuis ce même environnement, cette seconde protection peut devenir insuffisante.
L'ANSSI le souligne explicitement dans son rapport et recommande désormais de privilégier des dispositifs d'authentification indépendants, notamment une application dédiée ou un dispositif physique, idéalement sur un appareil distinct.
Autre constat important : aucune des deux exfiltrations ayant touché la DGFiP, celle concernant l'application E-Contact et celle relative aux données cadastrales, n'a été détectée pendant son déroulement par les dispositifs de supervision de la DGFiP ou de l'ANSSI.
Le rapport préconise donc également un renforcement de la surveillance des applications métier, avec notamment des quotas de consultation, une limitation des requêtes automatisées et une meilleure détection des comportements anormaux.
Quelles conséquences pour la future réouverture du SPDC ?
Ces conclusions éclairent les mesures de sécurisation annoncées par la DGFiP et l'Ordre des géomètres-experts, notamment le passage à APEX v2 avec utilisation de l'adresse électronique ordinale et réception d'un code de sécurité par SMS.
L'ANSSI va toutefois plus loin dans ses recommandations générales : pour les applications réservées aux partenaires extérieurs, elle évoque notamment la possibilité de restreindre les connexions à des réseaux autorisés, à des VPN ou à certaines adresses IP, tout en renforçant les mécanismes d'authentification et les contrôles applicatifs.
Attention, il s'agit à ce stade de recommandations techniques et non de nouvelles conditions d'accès officiellement arrêtées pour le SPDC.
Pour notre profession, plusieurs questions se posent néanmoins : les cabinets devront-ils adapter leurs équipements informatiques ? Les logiciels professionnels interfacés avec les services cadastraux pourront-ils continuer à fonctionner normalement ? Les éventuels quotas de consultation seront-ils compatibles avec les besoins quotidiens des géomètres-experts ?
Au-delà de la responsabilité individuelle du poste compromis, cet incident démontre surtout qu'une faiblesse informatique au sein d'un organisme partenaire peut avoir des conséquences sur l'ensemble d'un service national. La cybersécurité des cabinets devient ainsi un enjeu collectif, qui devra nécessairement accompagner le rétablissement des accès professionnels.
Enfin, la publication de ce rapport ne constitue pas une annonce de réouverture du SPDC. La procédure transitoire de délivrance des Modèles 1 demeure distincte du rétablissement de l'accès direct aux données cadastrales.
Il est particulièrement regrettable d'apprendre que l'incident ayant privé l'ensemble de notre profession d'un outil aussi essentiel que le SPDC trouve son origine dans la compromission informatique d'un cabinet de géomètre-expert. Il serait toutefois injuste d'en faire porter la responsabilité à un confrère qui apparaît lui-même comme une victime de cette attaque. Cet événement doit avant tout nous rappeler que la cybersécurité de chaque cabinet participe désormais à la sécurité numérique de toute notre profession.
SPDC : réouverture envisagée le 8 octobre
L’Ordre des géomètres-experts a indiqué le 1er octobre que la DGFiP envisageait une réouverture du SPDC à compter du 8 octobre 2026, sous réserve de l’achèvement des travaux de sécurisation de l’application. Les nouvelles modalités d’accès et de consultation doivent encore être précisées. SPDC _ réouverture envisagée le…
La procédure transitoire arrive parallèlement à son terme : à compter du 5 octobre, les nouvelles demandes d’extraits Modèle 1 ou de relevés de propriété ne doivent plus être adressées aux boîtes mail dédiées, qui seront désactivées le 12 octobre. SPDC _ réouverture envisagée le…
L’Ordre demande également aux géomètres-experts de vérifier leur numéro de téléphone portable dans Atlas, le portail professionnel de l’Ordre, en vue de la mise en place d’une double authentification pour l’accès au SPDC. SPDC _ réouverture envisagée le…
Ce point soulève toutefois une question importante : Atlas référence les géomètres-experts, mais pas leurs collaborateurs. Il reste donc à savoir comment seront gérés leurs accès, ainsi que ceux passant par les logiciels métiers et applications tierces.
La réouverture se précise donc, mais les nouvelles règles d’accès restent encore à découvrir.
J-1 avant la réouverture du SPDC : ce qui va changer demain
À la veille de la réouverture du SPDC, annoncée pour le 8 octobre 2026, la DGFiP précise enfin les nouvelles règles d’accès au service. Tous les utilisateurs devront renouveler leur mot de passe lors de leur première connexion, puis s’authentifier grâce à un code reçu par SMS sur le numéro de téléphone enregistré dans APEX2. Le code sera valable 30 minutes et, une fois la connexion validée, l’authentification restera valable pendant 24 heures. Autre nouveauté importante : chaque utilisateur sera désormais limité à 500 recherches par jour, avec un avertissement lorsqu’il n’en restera plus que dix. Cette limitation, présentée comme une mesure de sécurité, pose cependant encore plusieurs questions pratiques, notamment pour les logiciels professionnels qui interrogent automatiquement le SPDC : on ne sait pas encore précisément comment ces recherches seront comptabilisées ni comment l’authentification sera gérée par les applications tierces. Les premiers essais en conditions réelles permettront donc de vérifier si cette réouverture marque un véritable retour à la normale ou le début d’une nouvelle phase d’adaptation.
8 octobre 2026 : APEX2 devait rouvrir… mais où est le lien de connexion ?
Après plusieurs mois d'interruption du Serveur professionnel des données cadastrales (SPDC), consécutifs à un incident de cybersécurité, la DGFiP avait annoncé une réouverture du service à compter du 8 octobre 2026, avec de nouvelles mesures de sécurité : renouvellement des mots de passe, authentification par SMS et limitation à 500 recherches quotidiennes.
Mais au lendemain de cette réouverture annoncée, une question demeure : où se connecter à APEX2 ?
Le 9 octobre, une nouvelle consultation de la page officielle « Notaires, Géomètres-Experts » sur impots.gouv.fr révèle une situation surprenante : l'administration affiche toujours son avertissement du 17 août 2026, annonçant l'interruption du portail APEX pour une durée indéterminée.
Les anciennes adresses du SPDC et de l'espace APEX Partenaires restent référencées, mais aucun nouveau lien explicitement identifié comme APEX2 n'apparaît sur cette page. Les vérifications effectuées n'ont pas permis de confirmer le fonctionnement effectif des anciennes adresses.
Cela ne signifie pas nécessairement que le nouveau serveur est indisponible. Son accès pourrait avoir été communiqué directement aux utilisateurs habilités, sans mise à jour de la page publique. Mais annoncer une réouverture sans rendre le point d'accès clairement identifiable constitue une difficulté pratique pour les professionnels.
Pour les géomètres-experts, cette incertitude complique notamment les recherches cadastrales, l'identification des propriétaires et la préparation des dossiers de bornage ou de division foncière.
Cet épisode souligne un enjeu essentiel : la cybersécurité ne se limite pas à renforcer les systèmes d'authentification. Elle suppose également de garantir la continuité des services et de communiquer des informations fiables, actualisées et directement exploitables.
Au 9 octobre 2026, la réouverture du SPDC était annoncée, mais l'accès opérationnel à APEX2 n'a pas pu être confirmé lors de nos vérifications.
9 octobre 2026 : le SPDC est de retour. Fin d'une longue interruption !
Après plusieurs mois d'interruption consécutifs à un incident de cybersécurité, le Serveur professionnel des données cadastrales (SPDC) est enfin de nouveau accessible depuis Géofoncier, ce vendredi 9 octobre 2026.
La DGFiP avait annoncé une réouverture pour le 8 octobre. Pourtant, à cette date, les professionnels disposaient d'une documentation détaillée sur les nouvelles modalités d'authentification, sans disposer d'indications suffisamment claires pour retrouver leur accès au service.
Ce 9 octobre, l'accès est désormais effectif. L'interface du SPDC s'affiche à nouveau et Géofoncier confirme officiellement son rétablissement progressif.
Autre évolution importante : le code de vérification est désormais transmis par SMS et non plus par courrier électronique. Cette nouvelle modalité d'authentification accompagne le renforcement de la sécurité des accès.
Géofoncier précise toutefois que des indisponibilités temporaires peuvent encore survenir et invite les utilisateurs à renouveler leur tentative en cas d'échec.
Cette réouverture marque une étape importante pour les géomètres-experts et les notaires, qui retrouvent progressivement l'accès à un outil essentiel à leurs activités professionnelles.
L'accès est rétabli, mais le retour complet à la normale reste à confirmer.
Une affaire à suivre… autrement
Cette réouverture permet de clore le chapitre de l'indisponibilité du SPDC, mais pas nécessairement celui des interrogations soulevées par l'incident ZeroBytes : sécurité des données foncières, dépendance aux plateformes numériques et transparence de l'information.
Ces questions restent d'actualité et méritent une vigilance durable.
Source : DGFiP – Notaires, Géomètres-Experts.
Une crise qui s'achève, des enseignements à retenir
Avec le rétablissement progressif du SPDC depuis Géofoncier, une longue période d'incertitude prend fin pour les professionnels du foncier.
Les investigations communiquées par Géofoncier, confortées selon l'opérateur par un audit externe indépendant, ont également permis de clarifier la portée des revendications du groupe ZeroBytes : les quelque 4,2 millions de lignes évoquées correspondraient à des informations déjà accessibles publiquement, sans extraction mise en évidence de procès-verbaux de bornage, de documents professionnels confidentiels ou de données issues des espaces protégés.
Ces conclusions sont rassurantes, même si elles reposent sur les résultats des investigations rendus publics par Géofoncier.
Cette affaire aura néanmoins mis en évidence trois enjeux essentiels : la sécurité des données foncières, la dépendance des professionnels à des infrastructures numériques centralisées et la nécessité d'une information rapide, précise et transparente en situation de crise.
La réouverture du SPDC ne règle pas toutes les interrogations, notamment concernant la continuité des services, les modalités d'accès et le fonctionnement des applications professionnelles qui exploitent les données cadastrales.
Cette chronologie s'achève donc sur le retour du service, mais aussi sur un constat : la transformation numérique du foncier ne peut reposer uniquement sur la performance des outils. Elle exige également de la sécurité, de la transparence et des garanties de continuité.
Article rédigé par Nicolas Fiker, Géomètre-Expert – ALTA VISION, cabinet de Géomètres-Experts à Cagnes-sur-Mer